vendredi 9 décembre 2011

Les vrayes centuries de Nostradamus de l'édition de 1668 en maroquin rouge ancien. Très bel exemplaire. Très rare dans cette condition.



NOSTRADAMUS, Michel de NOSTREDAME dit

LES VRAYES CENTURIES ET PROPHÉTIES DE MAISTRE MICHEL NOSTRADAMUS.

A Amsterdam, chez Jean Jansson à Waesberge & la veuve de feu Elizée Weyerstraet, l'an 1668.

1 volume in-12 (130 x 78 mm - Hauteur des marges : 126 mm) de (30)-158 pages. Les pages préliminaires non chiffrées comprennent le très joli frontispice gravé à l'eau-forte, la page de titre, l'avertissement au lecteur, le portrait de Nostradamus imprimé au verso du dernier feuillet de l'épître, la vie de Nostradamus, une longue épître de Nostradamus à Henri II Roi de France (27 juin 1558). Le reste du volume contient les XII centuries ainsi que les Présages de 1555 et autres prédictions "pour les ans courans en ce siècle".

Reliure plein maroquin vieux rouge, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, triple-filet doré en encadrement des plats, filet doré sur les coupes, roulette dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées sur marbrure (reliure de la seconde moitié du XVIIIe siècle, vers 1770-1780 ?). Très jolie reliure en maroquin très bien conservée. L'extrémité des coins a été habilement restaurée. Intérieur frais. Marges confortables.


ÉDITION RARE ET RECHERCHÉE DONNÉE PAR LES ELZÉVIER.

"C'est un des plus jolis volumes de la Collection des Elzévier" (Catalogue Morgand)

Le frontispice représente l'incendie de Londres de 1666 et le supplice de Charles Ier en 1649. L'année 1668 n'a pas été choisie au hasard par les éditeurs hollandais : c'est le centenaire des éditions complètes des Prophéties. On a reconnu alors ces deux évènements dans le fameux vers 2 du quatrain IX 47, et dans les quatrains 51 et 53 de la deuxième centurie. Cette édition est de plus ornée d'un très-joli portrait en pied de Nostradamus (compris dans la pagination).


Ce volume a réellement été imprimé par Jansson mais on le joint à la collection des Elzévier.

C'est sans conteste l'édition la plus recherchée par les bibliophiles depuis le XVIIIe siècle. Les beaux exemplaires en reliures anciennes sont très rares.


Localisation de quelques exemplaires remarquables : Bulletin de la Librairie Morgand, n°4.271 (ex. également en maroquin ancien - 131 mm - coté 250 francs or en octobre 1878) ; Bulletin de la Librairie Morgand, n°5.081 (ex. en maroquin du XIXe s. de Capé - 128 1/2 mm - coté 200 francs or en juin 1879) ; Bulletin de la Librairie Morgand, n°41.021 (ex. en vélin d'époque - hauteur des marges non précisée - coté 40 francs or en juin 1901) ; Bulletin de la Librairie Morgand, n°41.667 (ex. en maroquin du XIXe s. de Lortic, riche reliure décorée et doublée de maroquin - grand de marges (non précisées) - coté 350 francs or en décembre 1901) ; la plupart des grands bibliophiles du XIXe siècle en possédait un exemplaire dans leur collection, mais presque toujours reliés à nouveau par les grands noms de l'époque qu'étaient Duru, Capé, Lortic, etc. Les exemplaires répertoriés en maroquin ancien du XVIIIe siècle ou avant, se comptent sur les doigts d'une main. A titre d'exemples, l'exemplaire Yemeniz était relié par Trautz-Bauzonnet, l'exemplaire Pixérécourt était relié par Bauzonnet, l'exemplaire de Viollet le Duc était en maroquin bleu gaufré de la première moitié du XIXe s., l'exemplaire Solar également en maroquin rouge du XIXe s., l'exemplaire James de Rothschild était relié par Trautz-Bauzonnet, maroquin doublé (n°214) ; nous avons localisé un exemplaire en maroquin de Derome (Catalogue Delion, 30 mars 1863 - 95 francs or). Un exemplaire en maroquin ancien (?) avait atteint le prix conséquent de 91 francs à la vente Labédoyère en 1839.

Provenance : exemplaire de la bibliothèque de Mme la Baronne de Haller avec sa signature autographe au verso de la garde blanche, avec la date 1789. Une autre signature difficile à déchiffrer sur une garde à la fin du volume (écriture ancienne).

Références : Willems, n°1797 ; Chomarat, 246 ; Benazra, p. 241

TRÈS BEL EXEMPLAIRE DE CETTE ÉDITION DE NOSTRADAMUS TOUJOURS TRÈS RECHERCHÉE EN MAROQUIN ANCIEN.

EXEMPLAIRE DE CHOIX.

VENDU

Les Contes drolatiques illustrés par Gustave Doré mis en lumière par Honoré de Balzac. Premier tirage de cette extravagante illustration.



BALZAC Honoré de

LES CONTES DROLATIQUES COLLIGEZ EZ ABBAYES DE TOURAINE et mis en lumière par le sieur DE BALZAC pour l'esbattement des pantagruelistes et non aultres. Cinquiesme édition illustrée de 425 dessins par Gustave Doré.

Se trouve à Paris, ez bureaux de la Société Générale de Librairie, rue de Richelieu, 92. 1855. [imprimé par Bénard et Cie - ancienne maison Lacrampe].

1 fort volume in-8 (21 x 14 cm) de XXXII-614-(1) pages.


Reliure demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, filets dorés sur les plats, tête dorée, non rogné (ébarbé) pour les autres tranches (reliure de l'époque). Reliure en excellent état avec seulement quelques très légères traces d'usage, intérieur frais avec les rousseurs habituelles inhérentes à cette édition (certains feuillets présentent des rousseurs marquées tandis que d'autres en sont dépourvus), le papier est un beau papier vélin blanc. La couverture beige imprimée du brochage n'a pas été conservée.

PREMIER TIRAGE DU CHEF D’ŒUVRE D'ILLUSTRATION DE GUSTAVE DORÉ.

EXEMPLAIRE COMPORTANT UNE SEULE REMARQUE DE TOUT PREMIER TIRAGE
(selon Carteret).

Édition appréciée et recherchée des amateurs pour son format agréable et la qualité de son illustration variée et abondante. 425 compositions, vignettes et grands bois compris dans la pagination. Elle fut revue sur les manuscrits de l'auteur et contient ses corrections après une révision très utile concernant la langue française des XVe et XVIe siècles dont se chargea M. Paul Lacroix, le Bibliophile Jacob. Cette édition, en effet, ne vit le jour qu'après la mort de Balzac. Carteret précise que cette édition n'eut finalement qu'assez peu de succès au moment de sa sortie. Les 10.000 exemplaires de la première édition furent longs à écouler et remis en vente par Delahays, au rabais (6 francs au lieu de 12 francs), avec de nouvelles couvertures et de nouveaux titres à la date de 1857. En fait, contrairement à ce qui est annoncé sur le titre, il s'agit de la quatrième édition de ce texte et non la cinquième.


M. Carteret indique quelques remarques de premier tirage. Notre exemplaire a la page XXI paginée XX. Cependant il ne possède que cette remarque de premier tirage. Ces variantes de tirage, effectuées sous presse au moment de la première impression de l'ouvrage, ne sont pas significatives de la valeur des exemplaires comme le souligne M. Carteret.

Référence : L. Carteret, Trésor du Bibliophile romantique et moderne, 1801-1875, tome 3, pp. 48-52. Paris, Léopold Carteret, 1927.


BEL EXEMPLAIRE DANS SA PREMIÈRE RELIURE DE L’ÉPOQUE TRÈS BIEN CONSERVÉE.
VENDU

jeudi 8 décembre 2011

Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos illustrées par Monnet et Fragonard fils (1796-1812). Papier vélin avec les figures avant la lettre.



CHODERLOS DE LACLOS Pierre Ambroise François

LES LIAISONS DANGEREUSES. Lettres recueillies dans une société, et publiées pour l'instruction de quelques autres. Par C*** de L***. "J'ai vu les mœurs de mon temps, et j'ai publié ces lettres." J. J. Rousseau, Préface de la Nouvelle Héloïse.

Londres, s.n., 1796 [i.e. vers 1812].

2 volumes in-8 (210 x 135 mm - Hauteur des marges : 205 mm) de 415 et (2)-398 pages.

Reliure plein veau blond glacé, dos à nerfs orné, triple-filet doré en encadrement des plats, double-filet doré sur les coupes, jeu de roulette et filet doré en encadrement intérieur des plats, pièce de titre de maroquin rouge, tomaison de maroquin noir, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées (reliure postérieure, vers 1880, signé PETIT SUCC(esseu)R. DE SIMIER). Reliures présentant quelques défauts d'usage (coins et coiffes frottés, petits accrocs et épidermures à quelques endroits, deux petits travaux de vers aux mors et petites fentes aux mors, reliure néanmoins solides et décoratives. Intérieur très frais avec quelques rousseurs claires pour l'essentiel au début et à la fin de chaque volume.


TRÈS BELLE CONTREFAÇON TROMPEUSE OU RÉIMPRESSION PUBLIÉE VERS 1812, EXÉCUTÉE A L'IDENTIQUE DE LA TRÈS RARE ET TRÈS RECHERCHÉE EDITION DE 1796.

Cette édition a le même nombre de pages, la même disposition du texte et des gravures que l'édition de 1796. Elle s'en distingue cependant par quelques détails : on la reconnait au trait ondulé placé sous la date. Le titre est en sept lignes et non en huit. Pour cette réimpression les planches furent retouchées par Delvaux (de là les lettres R. p. D. qu'on observe, en caractères très fins, sur certaines figures.

Cohen précise dans sa notice (Manuel de l'amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, col. 235-237, éd. Librairie A. Rouquette, 1912) qu'il existe de cette contrefaçon des exemplaires sur papier ordinaire et sur papier vélin : ces derniers contiennent des figures avant la lettre mais tirées après coup, avec des caches et en grattant les numéros ; ces figures ne sont pas, comme dans la première édition de 1796, accompagnées de feuillets de papier de soie portant la légende imprimée.


CELUI-CI, UN DES QUELQUES EXEMPLAIRES SUR PAPIER VÉLIN AVEC FIGURES AVANT LA LETTRE.

L'illustration se compose de 1 frontispice et 7 figures pour le tome premier et de 1 frontispice et 6 figures pour le tome second. Notre exemplaire contient en outre un portrait-frontispice de l'auteur d'après Carmontelle et gravé par Morel (qui ne se trouve pas habituellement dans cette édition). En tout, 1 portrait (ajouté), 2 frontispices et 13 figures par Monnet, Mlle Gérard et Fragonard fils, gravées par Bacquoy, Duplessi-Bertaux, Dupréel, Godefroy, Langlois, Lemire, Lingée, Masquelier, Patas, Pauquet, Simonet et Trière (et retouchées ici par Delvaux).

"Bible du libertinage pour certains, le livre s'impose surtout comme chef-d’œuvre du roman d'analyse, comme un des romans les plus abstraits et les plus intelligents. Aussi l'audace des Liaisons Dangereuses ne consiste-t-elle ni dans la débauche facile au langage cru, ni dans la perversité au premier degré ou la jouissance de faire le mal propre à Sade, mais dans l'art de dire ou plutôt de l'écrire pour un connaisseur admiratif et un peu vexé, placé en position de voyeur comme le lecteur" (Laurent Versini, BnF, En français dans le texte , n° 174).

Ce roman épistolaire retrace les aventures amoureuses de la marquise de Merteuil et de son ancien amant, le vicomte de Valmont. La marquise, voulant se venger d’un amant infidèle alors promis à la fille d’une cousine, Cécile de Volanges, fait en sorte que le Vicomte déshonore cette dernière avant le mariage. Ce que le Vicomte accomplit, alors même qu’il tente de séduire une femme reconnue pour sa vertu : la présidente de Tourvel. Celle-ci tente de rester fidèle à son époux mais le Vicomte parvient à la piéger pour la faire mourir d’amour. Cécile de Volanges, quant à elle, est amoureuse du chevalier Danceny, son maître de solfège. Mais, la marquise de Merteuil le prend pour amant, par toutes sortes d'intrigues. Elle provoque ainsi un duel entre le Vicomte de Valmont, qui cherche à retrouver ses faveurs - déstabilisé par ses mésaventures dues à Cécile de Volanges et Tourvel -, et le jeune chevalier Danceny, qui parviendra à tuer le Vicomte, tourmenté de regrets d’avoir condamné la présidente de Tourvel. Il remet alors au chevalier toute la correspondance qu’il a tenue avec la marquise de Merteuil afin que celle-ci soit révélée non comme une femme des plus vertueuses de tout Paris, ainsi qu'elle le laissait croire, mais comme une dangereuse intrigante.

Référence : Cohen, Manuel de l'amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, col. 235-237, éd. Librairie A. Rouquette, 1912


TRÈS BON EXEMPLAIRE DE CETTE JOLIE RÉIMPRESSION QUI RIVALISE ICI AVEC LA PREMIÈRE AVEC LES FIGURES AVANT LA LETTRE ET UN BEAU TIRAGE SUR PAPIER VÉLIN.

VENDU

dimanche 4 décembre 2011

Manon Lescaut ou Suite des Mémoires et Aventures d'un Homme de qualité (1733) par l'Abbé Prévost. Superbe exemplaire en maroquin décoré de F. Bedford



Antoine François PRÉVOST, dit Prévost d’Exiles ou l'Abbé PRÉVOST

[HISTOIRE DU CHEVALIER DES GRIEUX ET DE MANON LESCAUT] SUITE DES MÉMOIRES ET AVENTURES D'UN HOMME DE QUALITÉ, QUI S'EST RETIRE DU MONDE.


A Amsterdam, Aux dépens de la Compagnie [Rouen ?], 1733

2 parties en 1 volume grand in-12 (168 x 100 mm - Hauteur des marges : 164 mm) de (15)-469 pages. Pagination continue entre les deux parties (la seconde partie commence à la page 269 et est précédée d'un faux-titre qui n'est pas compris dans la pagination).

Reliure plein maroquin rouge, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, triple-filet doré en encadrement des plats, double-filet doré sur les coupes, jeu de roulettes et filets dorés en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées (reliure anglaise du milieu du XIXe siècle signée F. BEDFORD). Exemplaire à l'état proche du neuf tant au niveau de la reliure que de l'intérieur. Rares rousseurs. Exemplaire grand de marges.


ÉDITION QUI A ÉTÉ LONGTEMPS CONSIDÉRÉE COMME ÉTANT L’ÉDITION ORIGINALE DE MANON LESCAUT A TEL POINT QUE DE NOMBREUX AMATEURS DU XIXe SIÈCLE L'ONT FAIT RICHEMENT RELIÉE.

C'est H. Harrisse qui démontre pour la première fois que cette impression de 1733 n'est pas la première de Manon Lescaut. Il dénombre trois impressions similaires de ce texte pour cette année 1733. La seconde, en 469 pages, avec le fleuron de titre gravé sur bois, comporte le titre de départ de chaque partie sur trois lignes seulement. Ce tirage contient la faute d'impression à la page 220 "Je souffrais mortellement dans Manon" (ligne 1 et 2) au lieu de "Je souffrais mortellement sans Manon". Même si Harrisse qualifie cette impression de "mauvaise contrefaçon" il s'agit bien ici de la première édition séparée de Manon Lescaut et la première à avoir réellement attiré l'attention du public. Harrisse nous dit que c'est pendant l'été de 1733 qu'un imprimeur de Rouen (d'après Lenglet-Dufresnoy) fit une édition du fameux tome VII des Mémoires d'un homme de qualité précédemment publiés en 1731. Les six premiers volumes des Mémoires d'un homme de qualité furent réimprimés entre 1731 et 1732, à chaque fois pourtant, sans jamais avoir joint l'histoire de Manon Lescaut qui formait le dernier volume.


Le 21 juin 1733 le Journal de la Cour de Paris écrit : "Il parait depuis quelques jours un nouveau volumes des Mémoires d'un homme de qualité. Ce livre est écrit avec tant d'art et d'une façon si intéressante, que l'on voit les honnêtes gens s'attendrir en faveur d'un escroc et d'une catin." Le livre est saisi et condamné à être brûlé le 5 octobre de la même année.

A noter que dans cette édition, l'épître de l'auteur avait déjà été publiée en 1731 mais se trouve ici considérablement remaniée.

La valeur bibliophilique de cette "fausse édition originale" a attisé la convoitise des plus grands bibliophiles au cours du XIXe siècle. Ainsi l'on retrouve cette édition de 1733 dans presque toutes les grandes bibliothèques : notamment celle du Baron Pichon et de Rotschild, n°1556 (exemplaire relié sur brochure (180 mm) en maroquin bleu par Trautz-Bauzonnet) ; De même le libraire Morgand listait plusieurs exemplaires de choix dans son bulletin (n°1911 - mars avril 1876 - coté 150 francs en maroquin vert de Hardy ; n°15125 - janvier 1888 - coté 250 francs en maroquin de Trautz-Bauzonnet). En 1874, le libraire Auguste Fontaine désigne un exemplaire de cette même édition de 1733 comme "édition originale" (n°1919 - exemplaire relié en veau brun de l'époque et coté 300 francs).

Curieusement notre exemplaire ne contient aucune marque d'appartenance. Il a été finement relié par l'excellent relieur anglais Francis Bedfort, vers 1850-1860. Cependant nous en retrouvons la trace en 1897 et 1904, date auxquelles il fut proposé aux enchères. On sait que le Duc d'Aumale (1822-1897), fervent bibliophile amateur d'éditions rares, affectionnait particulièrement le travail du relieur anglais Francis Bedford qu'il avait rencontré à Londres pendant son premier exil entre 1848 et 1871, période qu'il mit à profit pour augmenter sa collection de livres.


Sachant que M. Harrisse dévoile son opinion sur cette édition dès 1877 dans sa Bibliographie de Manon Lescaut, on peut dire sans se tromper que ce volume, pris à l'époque pour l'édition originale, fut relié avant cette date pour un bibliophile exigeant de l'époque. Le Duc d'Aumale quant à lui en possédait un exemplaire aussi relié en maroquin rouge de Thompson (reliure anglaise), exemplaire qui provenait de la vente Solar (1860).

A propos de cet ouvrage, Montesquieu écrit en 1734 : « J’ai lu le 6 avril 1734, Manon Lescaut (...) Je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon, et l’héroïne, une catin qui est menée à la Salpétrière, plaise ; parce que toutes les mauvaises actions du héros, le chevalier des Grieux, ont pour motif l’amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse. ».

"Manon Lescaut a laissé une trace durable dans la littérature française. Peu de romans n’ont été aussi loués et aussi critiqués que ce chef-d’œuvre rempli de passion, de douleur et d’amour. Le drame touchant vécu par le « fripon » des Grieux et la « catin » Manon parvient à éviter la réprobation des lecteurs grâce au caractère admirable qui caractérise les passions dans ce court récit si naturel et si vraisemblable qui se déroule avec une rapidité qui tranche avec le reste de l’œuvre de Prévost. L’intrigue de cette histoire remplie de variété et de mouvement sur fond unique de délire et d’amour se développe et s’enchaîne dans un ordre logique et naturel qui donne à chaque nouvel épisode son impression d’authenticité et de vraisemblance. Les deux héros sont présentés avec une netteté lumineuse : séduisants, jeunes et amoureux à outrance, ils se précipitent tête baissée dans leur passion sans jamais paraître rien perdre de leur grâce, de leur beauté et de leur esprit. Leur jeunesse et leur innocence ne semblent jamais atteintes par la fange de l’échelle sociale au bas de laquelle se passe une bonne partie de leur histoire. Passant tour à tour, et du jour au lendemain, de la misère à la fortune, du boudoir à la prison, de Paris à la déportation, de l’exil à la mort, des Grieux et Manon n’ont qu’une excuse : l’amour, ce sentiment qui fait oublier que tous deux mentent et volent, que le premier triche et tue ou que la seconde se prostitue. C’est également la conscience de ce sentiment qui permet au lecteur de prendre en pitié la faiblesse et les inconséquences de des Grieux, ce héros tout à la fois si humain et si démuni face à la tentation amoureuse. L’amour, dans Manon Lescaut, est une passion qui se révèle brusquement et qu’il serait vain de chercher à surmonter. De même, dans cette narration où le fourmillement d’incidents romanesques révèle un souci de la réalité dans ses plus petits détails, le réalisme ne dispute pourtant jamais à l’idéalisme. En dépit de leur caractère éminemment romanesque, les événements de Manon Lescaut ne paraissent jamais enfreindre la vraisemblance comme, par exemple, lorsque des Grieux saisit avec quelle facilité les résolutions les plus fermes s’évanouissent devant le regard d’une femme. La structure psychologique des héros obéit à cette règle : des Grieux réunit en lui une incroyable naïveté et un cynisme grossier tandis que Manon est un esprit pratique doué de bon sens et d’une extraordinaire insouciance. Le commerce de sa personne qu’elle fera, dès que l’argent viendra à manquer au couple, est une fatalité que rien ne peut infléchir car son bien être matériel est une nécessité qui ne saurait souffrir d’entraves. Mais Manon revient toujours à des Grieux, comme il revient à elle, après ses intervalles de retour à ses études et à la théologie. Le chef-d’œuvre littéraire de Manon Lescaut finit par naître de la somme des imperfections de des Grieux et de Manon lorsque la vérité de la passion de leurs caractères devient la personnification littéraire de l’amour, fatal et misérable pour l’un, inconstant et frivole pour l’autre mais d’un amour qui finit par trouver, sous le coup du malheur, sa rédemption dans un sentiment sincère et profond inévitablement voué à trouver son dénouement dans la mort." (in Article Manon Lescaut, Wikipedia, section Analyse).



SUPERBE EXEMPLAIRE, PARFAITEMENT ÉTABLI EN MAROQUIN AU XIXe SIÈCLE PAR F. BEDFORD, DE CETTE ÉDITION IMPORTANTE DE MANON LESCAUT, CHEF D’ŒUVRE REMPLI "DE PASSIONS, DE DOULEUR ET D'AMOUR."

VENDU

jeudi 1 décembre 2011

Magnifique reliure Art Nouveau signée H. Blanchetière sur les Scènes de la vie de Bohème de Henry Murger (1902). Superbe édition illustrée par Léandre



MAGNIFIQUE SPÉCIMEN DE RELIURE MOSAÏQUÉE ART NOUVEAU SIGNÉE HENRI BLANCHETIÈRE.

MURGER, Henry - LÉANDRE, Charles, illustrateur

SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME, compositions de Charles Léandre gravées en couleurs par Eug. Decisy.

Paris, Librairie de la Collection des Dix, A. Romagnol, éditeur, 1902.

1 fort volume grand in-8 (27,5 x 19 cm) de XII-414-(2) pages et prospectus et décomposition d'une planche à la fin.


Reliure plein maroquin brun entièrement décoré sur les plats et le dos de compositions de fleurs d'iris et filets mosaïqué d'encadrement, avec cinq teintes de cuir, fers dorés spéciaux dans les angles des plats rappelant "la bohème", double-filet doré en encadrement des plats, auteur, titre et millésime dorés au dos, double-filet doré sur les coupes, encadrement intérieur du même maroquin mosaïqué de petites fleurs et feuilles, doublure et première garde de soie brochée, seconde garde de papier décoré, tranches dorées sur brochure, couvertures et dos du brochage conservés en parfait état (reliure de l'époque signée BLANCHETIÈRE en lettres dorées en pied du dos). Reliure à l'état proche du neuf et d'une incroyable beauté "Art Nouveau". Intérieur très frais, à noter cependant quelques rousseurs ponctuelles et quelques décharges sur les pages en regard des gravures non protégées. une tache rousse probablement due à une ancienne mouillure atteint la marge basse de quatre feuillets, sans aucune gravité.


NOUVELLE ÉDITION ILLUSTRÉE. UN DES 200 EXEMPLAIRES SUR PAPIER VÉLIN D'ARCHES, COMPRENANT L’ÉTAT TERMINÉ AVEC LETTRE DE TOUTES LES ILLUSTRATIONS, ET LA DÉCOMPOSITION DES COULEURS D'UNE PLANCHE.

LE TIRAGE TOTAL EST DE 300 EXEMPLAIRES.

Les Scènes de la vie de Bohême a paru pour la première fois en 1851. Murger définit la Bohème comme constituée par des artistes, essentiellement pauvres, dont les antécédents se trouvent jusque dans l'antiquité grecque et dont l'histoire comprend les noms les plus illustres. Ce sont des artistes vagabonds (en ce sens des bohémiens). Murger exclut les filous et les assassins de la Bohème. Est bohème « tout homme qui entre dans les arts sans autre moyen d'existence que l'art lui-même ». La Bohème est un état social transitoire qui peut déboucher aussi bien sur la reconnaissance (« l'Académie ») que sur la maladie (« l'Hôtel Dieu ») ou la mort (« la Morgue »). La Bohème n'est possible, pour Murger, qu'à Paris (elle n'est pas possible en province). La fin de la vie de Bohème correspond à la fin de la jeunesse. Elle peut se terminer par la mort ou par la réussite. La réussite (la bourgeoisie) est une façon de continuer sa vie dans l'apostasie de l'idéal de jeunesse suivant le principe : plutôt renier la Bohème qu'y mourir. Telle serait en définitive la morale du livre. (Loïc Chotard, Approches du XIXe siècle, p. 211)


Bien que les Scènes de la vie de bohème soient communément considérées comme un roman, elles n'en suivent pas la forme. Elles sont une suite d'histoires publiées sous forme de feuilleton. Le cadre en est la quartier latin de Paris dans les années 1840. La plupart des scènes furent publiées de façon indépendante par Henri Murger dans la revue littéraire Le Corsaire. Leur forme est en partie autobiographique. Elles mettent en scène des individus ayant réellement existé et qui pouvaient être familiers des lecteurs de cette revue.


MAGNIFIQUE EXEMPLAIRE EN RELIURE MOSAÏQUÉE TYPIQUEMENT ART NOUVEAU SIGNÉE PAR HENRI BLANCHETIÈRE DE L'UNE DES PLUS BELLES ÉDITIONS DE CE TEXTE.

VENDU

lundi 28 novembre 2011

Exceptionnelle reliure signée Pierre Legrain et Jacques Anthoine Legrain. Une autre idée de la France en 1936 par Henri d'Orléans, Comte de Paris.



RELIURE DECORÉE DE PIERRE LEGRAIN (MAQUETTE) ET EXÉCUTÉE PAR JACQUES ANTHOINE-LEGRAIN EN 1936.

HENRI D'ORLEANS, COMTE DE PARIS (1908-1999)

FAILLITE D'UN RÉGIME. ESSAI SUR LE GOUVERNEMENT DE DEMAIN.

Paris, Ernest Flammarion éditeur, 1936. [Imprimerie de Lagny, Emmanuel Grevin et Fils - 5.1936].

1 volume in-12 (195 x 140 mm) de 294-(1) pages. Les 25 premières pages sont chiffrées en romain et comprises dans la pagination.

Reliure de maroquin noir décorée d'un semé de points de palladium et de points dorés groupés par quatre de deux sortes, alternés, courant sur les plats et le dos un filet de maroquin beige rappelant l'or dessine une fleur de lis stylisée avec sur chaque plat un souligné de filets courbes à froid, le dos lisse est orné d'un filet doré vertical et de points dorés groupés par quatre, du nom de l'auteur et du titre de l'ouvrage, dorés dans la partie inférieure du volume. Doublure de maroquin de même teinte en encadrement avec filets dorés et à froid, doublure centrale et première garde de moire argent, seconde garde de papier noir pailleté d'or et d'argent. Exemplaire relié sur brochure avec les tranches dorées sur témoins. Couverture imprimée (deux plats et le dos) conservée à l'état de neuf. Reliure signée conjointement PIERRE LEGRAIN et JACQUES ANTHOINE-LEGRAIN.



ÉDITION ORIGINALE. UN DES 30 EXEMPLAIRES DE TÊTE SUR PAPIER DU JAPON.

Reliure exécutée par Jacques Anthoine-Legrain, gendre de Pierre Legrain et qui exerça des années 1930 à 1950 environ. Cette reliure est également signée Pierre Legrain ce qui signifie que la maquette du décor a été conçue par Pierre Legrain lui-même, avant 1929, année de sa disparition. Cette reliure a probablement été conçue spécialement sur la commande du Prince Henri d'Orléans (1908-1999) ou de son père, Jean d'Orléans (1874-1940), Duc de Guise, alors prétendant légitime au trône de France en exil. Cet exemplaire était destiné à un membre de la famille d'Orléans. Le décor conçu par Pierre Legrain et admirablement exécuté par Jacques Anthoine-Legrain, mêle au décor moderniste allusif un rappel évident aux anciennes reliures royales à semé de fleurs de lis rappelé ici par le semé de points d'or et de palladium. Cette reliure est sans conteste une réussite esthétique qui sert admirablement le texte et ses auteurs.

Pierre Legrain est considéré comme l'un des plus grands maquettistes et designer de reliures du XXe siècle.



Le volume s'ouvre sur un "Message de Monseigneur le Duc de Guise (Jean d'Orléans en exil)". Le texte de Henri d'Orléans, Comte de Paris, est un programme politique détaillé adressé au Pays pour ranimer la flamme monarchique, selon lui, jamais éteinte, et permettre de relever une France qui court à la faillite. "La Monarchie n'est pas un parti. Tous les Français, s'ils ont au coeur l'amour du pays, devront avant de construire, découvrir la route royale. (...) Notre belle et riche France meurt de l'irresponsabilité qui gouverne. (...) Fidèles héritiers d'une tradition millénaire qui nous fut transmise de père en fils, nous voulons forger, avec le peuple, le destin de la France."

Ce livre, imprimé à très grand nombre (on trouve des exemplaires avec mention de trentième mille sur la couverture), a très bien servi la diffusion des idées royalistes dans les années d'avant-guerre.



ADMIRABLE RELIURE CONÇUE PAR PIERRE LEGRAIN ET EXÉCUTÉE PAR JACQUES ANTHOINE-LEGRAIN.

EXEMPLAIRE D'EXCEPTION PARFAITEMENT CONSERVÉ.

VENDU

samedi 26 novembre 2011

La Mouche ou les Aventures de M. Bigand par les Chevalier de Mouhy (1736-1742). Exemplaire complet des 8 parties. Reliure en maroquin de l'époque.



MOUHY, Charles de Fieux, Chevalier de

LA MOUCHE OU LES AVENTURES DE M. BIGAND, traduites de l'italien. Par M. le Chevalier de Mouhy. Première, Seconde, Troisième et Quatrième partie.

A Paris, chez Poilly, 1738-1737 [i.e. 1736-1737]

4 parties reliées en 2 volumes in-12 (16,5 x 10 cm) de 264-(5), 172, X-209-(3) et (3)-240 pages.

SUIVI DE :

SUITE DE LA MOUCHE, OU LES AVENTURES DE M. BIGAND, traduites de l'italien. Cinquième, Sixième, Septième et Huitième et dernière partie.

A La Haye, chez Jean Neaulme, 1742

4 parties reliées en 2 volumes in-12 (16,5 x 10 cm) de (10)-188, (1)-173-(3), (3)-168 et (3)-175 pages.

Ensemble 8 parties reliées en 4 volumes. Reliure plein maroquin rouge de l'époque. Dos lisses ornés de fleurettes dorées, pièces de titre et tomaison de maroquin vert, triple-filet doré en encadrement des plats, fleurettes dorées dans les angles des plats, roulette dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées sur marbrure. Quelques usures aux reliures (coins, extrémité des coiffes émoussée, manque de cuir en pied du dos du dernier volume, mors fendus/fendillés), intérieur assez frais dans l'ensemble avec quelques taches jaunâtres dans le premier volume, et quelques feuillets plus ou moins roussis. Ensemble restant néanmoins très décoratif, solide et d'une belle fraîcheur. Quelques restaurations à prévoir pour obtenir un très bel exemplaire.


ÉDITION ORIGINALE AVEC TITRES DE RELAIS POUR LES QUATRE PREMIÈRES PARTIES DE CE TRÈS RARE ROMAN D'AVENTURES.

TRÈS RARE COMPLET DES 8 PARTIES EN RELIURE UNIFORME DE MAROQUIN.

Les quatre dernières parties paraissent ici pour la première fois sous l'adresse de Jean Neaulme à La Haye en 1742. Les quatre première parties sont ici publiées sous l'adresse de Poilly, quai de Conti, avec le premier volume portant un titre daté 1738 tandis que les trois autres portent la même adresse mais la date de 1737. A noter également qu'on trouve, insérée entre la troisième et la quatrième partie, le titre de la troisième partie à la date de 1736 et à l'adresse de Louis Dupuis, rue St Jacques, qui est l'adresse et la date de l'édition originale.

L'approbation et privilège ont été donnés respectivement le 18 avril 1735 pour la première partie. Le privilège étant accordé à Laurent-François Prault qui le cède au Chevalier de Mouhy le 10 octobre 1735. Ce dernier le cède à son tour à Louis Dupuis 7 jours plus tard le 17 octobre. Enfin, le Chevalier de Mouhy cède le privilège au libraire De Poilly, suivant l'accord fait entre eux. On lit à la fin de la seconde partie une approbation en date du 27 décembre 1735 pour cette partie. De même on lit à la fin de la troisième partie une approbation en date du 11 juillet 1736 pour cette partie. Et enfin, on peut lire à la fin de la quatrième partie une dernière approbation en date du 1er septembre 1736. Ces approbations sont signées Maunoir. Les quatre dernières parties, publiées à La Haye, ne nécessitaient pas l'obtention d'approbation ni de privilège, il n'y en a donc pas.


La publication de cet ouvrage, entre 1736 et 1742, est assez complexe à appréhender. Il semble que des exemplaires de premier tirage (1736-1737) aient été pourvus de titres portant pour certains la date de 1738 (comme la première partie de notre volume). Les exemplaires complets des 8 parties en reliure de l'époque sont si rares dans les dépôts publics que nous avons du mal à nous faire une idée précise. Cependant nous avons trouvé un exemplaire de la troisième partie avec l'adresse de Louis Dupuis et la date de 1736, exemplaire exactement conforme à notre exemplaire portant l'adresse de de Poilly et la date de 1737. Seul le titre a été changé. Il est donc fort probable qu'il n'y eut en réalité qu'un seul et même tirage en 1736-1737 avec de nouveaux titres à l'adresse de Poilly pour faire suite à la cession du privilège. Les quatre dernières parties, comme nous l'avons dit plus haut, sont en éditions originales et unique tirage.

Charles Monselet s'est intéressé au Chevalier de Mouhy et à ses écrits dans son ouvrage intitulé "Les originaux du siècle dernier: les oubliés et les dédaignés" publié en 1864. Il présente ainsi le Chevalier : "Le chevalier de Mouhy était, comme nous l'avons dit, un des amis du chevalier de La Morlière, avec qui il offre d'ailleurs plusieurs traits de ressemblance morale. Le chevalier de Mouhy ouvre la série des romanciers bourbeux du XVIIIe siècle. Dans la somme énorme de ses ouvrages oubliés, on distingue un bon, un joyeux, un vivace roman, la Mouche, ou les Aventures et Espiègleries facétieuses de Bigand. C'est assez pour que je m'empresse de jeter une corde de sauvetage à ce pauvre auteur si maltraité des biographes. Publiée en l736, la Mouche, d'un ton plus cru et d'un son plus turbulent que les odyssées espagnoles de Le Sage, fait pressentir les romans de Pigault-Lebrun ; — je parle du Pigault-Lebrun des bons jours, du Pigault-Lebrun des Barons de Felsheim et de Mon oncle Thomas, soldatesques orgies. Cela est si vrai que, pendant le Directoire, un libraire fit réimprimer la Mouche et l'opposa avec succès aux productions du jour. — On sait qu'en argot de police, une mouche n'est autre chose qu'un espion. C'est sous le titre de l'Espion que l'Allemagne a traduit le roman du chevalier de Mouhy. Ses autres livres n'ont pas, à beaucoup près, la même valeur. Ce sont pour la plupart des imitations ou des contreparties des ouvrages en vogue. Les mille et une faveurs sont estimées en librairie beaucoup plus qu'elles ne valent ; cela tient aux allégories qu'elles renferment et aux noms anagrammatisés, dont la clef est difficile à faire. Le Petit almanach des grands hommes, qui se moque de tout le monde, n'a pas manqué de se moquer du chevalier de Mouhy : « Beaucoup de pièces en vers et en prose, et quarante volumes de romans donnent à cet écrivain un des cortèges les plus imposants de notre nomenclature. Nous lui devons, dans son Histoire du Théâtre-Français, la plupart des jugements portés sur les auteurs dramatiques vivants. Ce beau génie semble avoir deviné nos intentions en insistant beaucoup moins sur Corneille, Molière et Racine, que sur MM. Mercier et Durosoi, et en louant tout le monde. Cette méthode est, en effet, le seul moyen indiqué par la prudence pour éteindre ces rivalités et ces disputes odieuses qui déshonorent la littérature française, et qui changent en vils gladiateurs les véritables maîtres du public. Pénible métier pour un homme qui a eu du talent une fois dans sa vie ! On connaît ses rapports avec Voltaire ; il lui demanda de l'argent (hélas! un autre infortuné, l'abbé Prévost, lui en avait demandé aussi, dans une lettre qui est un chef-d'œuvre de tristesse! ), Voltaire en écrivit, avec sa superbe accoutumée, à l'abbé Moussinot; car le grand philosophe, pareil à ces athées qui ne veulent que des domestiques pieux, avait pour trésorier un prêtre, un janséniste outré. La lettre de Voltaire est de 1736 et datée de Cirey : « Il y a un chevalier de Mouhy, qui demeure à l'hôtel Dauphin, rue des Orties ; ce chevalier veut m'emprunter cent pistoles, et je veux bien les lui prêter. Soit qu'il vienne chez vous, soit que vous alliez chez lui, je vous prie de lui dire que mon plaisir est d'obliger les gens de lettres, quand je le peux, mais que je suis actuellement très-mal dans mes affaires; que cependant vous ferez vos efforts pour trouver cet argent, et que vous espérez que le remboursement en sera délégué, de façon qu'il n'y ait rien à risquer; après quoi, vous aurez la bonté de me dire ce que c'est que ce chevalier, et le résultat de ces préliminaires. » Le résultat de ces préliminaires fut que le chevalier de Mouhy devint le correspondant de Voltaire. Autre lettre, du mois de juin 1738, toujours à l'abbé Moussinot : « Je vous prie aussi de donner cent trente francs au chevalier de Mouhy ; il m'est impossible de lui donner plus de deux cents livres par an. Si j'en croyais mes désirs et son mérite, je lui en donnerais bien davantage. Dites-lui que je suis charmé de l'avoir pour correspondant littéraire, mais que je demande des nouvelles très-courtes, des faits sans réflexions, et plutôt rien que des faits hasardés. » Des faits sans réflexions! voilà qui est peu obligeant pour l'auteur de la Mouche. Le chevalier de Mouhy donna souvent prise au ridicule (…) Rivarol n'est pas le seul qui se soit égayé sur le compte de l'auteur de la Mouche ; Palissot a malmené fort rudement le chevalier dans ses Mémoires littéraires et dans son poème de la Dunciade. « Le plus fécond, mais le plus ennuyeux des romanciers, » l'appelait-il. Le chevalier de Mouhy était cependant un Lorrain comme Palissot. Mais il était pauvre à faire pitié et laid à faire peur. La Chronique scandaleuse de 1785 le dépeint comme un boiteux et un bossu ; et l'on a peine à croire qu'il ait servi en qualité d'officier de cavalerie. C'est pourtant le titre qu'il prend dans ses livres, et le costume qu'il a adopté pour son portrait gravé. On l'a représenté comme un importun de café, ayant toujours les poches bourrées de ses ouvrages, les colportant, les vendant lui-même, d'autres fois se donnant à loyer pour faire applaudir ou siffler les pièces nouvelles. Le chevalier de Mouhy mourut en 1784, à l'âge de quatre vingt-trois ans." (pp. 223-228).

"Dans La Mouche, très lue au XVIIIe siècle, non rééditée depuis lors, Mouhy entraîne son lecteur à la suite du petit Bigand (héros populaire, mais qui a des lettres) dans une folle équipée à travers les registres romanesques les plus variés, du trivial au fantastique, du picaresque au tragique de l'amour fou, dans un univers soumis au règne du hasard. Une étonnante expérience de collage et une très originale création romanesque qui dit quelque chose de la liberté et de la folie au siècle des Lumières." (La Mouche ou les Aventures de M. Bigand, édité par René Démoris et Florence Magnot-Ogilvy, Classiques Garnier, 2010. 666 p. Présentation).

ENSEMBLE COMPLET, TRÈS RARE, DE TOUT CE QUI A PARU DE CE ROMAN CURIEUX.
BEL EXEMPLAIRE EN MAROQUIN DE L’ÉPOQUE, CONDITION RARISSIME POUR CET OUVRAGE.

RARETÉ BIBLIOPHILIQUE.


VENDU

jeudi 24 novembre 2011

Odes galantes et bacchiques par Monsieur Le Brun (1719). Un livre rare sur l'amour et le vin, la fête et les plaisirs.



LE BRUN (Antoine-Louis)
ODES GALANTES ET BACCHIQUES. Par Monsieur Le Brun.

A Paris, chez Guillaume Cavelier fils, 1719. [de l'imprimerie de la Veuve d'Antoine Lambin].

1 volume in-12 (16,5 x 9,5 cm) de (13)-314-(6) pages.

Reliure plein veau, dos orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maoroquin rouge (reliure de l'époque). Reliure usagée mais solide avec manque de cuir sur les mors, les coupes, en pied et des coins usés. Le papier marbré des doublures est décollé mais en bon état, le dos reste décoratif. Intérieur en parfait état. Reliure à restaurer.

ÉDITION ORIGINALE.

Volume peu courant de ce poète parisien né en 1680 et mort en 1743. Il a écrit des opéras qui n'ont pas été mis en musique, des épigrammes, et quelques romans oubliés, et ses Odes galantes et bacchiques (1719), qui comptent plusieurs dizaines de pièces en vers, véritables invocations à Bacchus et à Épicure : La saison de plaire est la saison d'aimer - L'amour transi - A Priape - De l'amour et du vin - La jalouse - Un mari à sa femme - Un buveur à une coquette - La volage - A une femme mariée - etc.

Il faut normalement un frontispice gravé en tête de ce volume mais qui ne se trouve pas dans cet exemplaire.

Inconnu à Oberlé, Les fastes de Bacchus et de Comus.

Provenance : exemplaire donné par l'auteur à Mademoiselle de Malherbe (mention manuscrite sur le titre).

BON EXEMPLAIRE D'UN LIVRE RARE.
VENDU

Historiettes galantes tant en prose qu'en vers (1718). Edition très rare de ces contes grivois.



ANONYME [Alexandre DE ROGISSART libraire-éditeur à La Haye - attribué à SAINT-HYACINTHE]
HISTORIETTES GALANTES tant en prose qu'en vers.

A La Haye, chez Jean Wart, 1730 [i.e. 1718]

1 volume in-8 (16 x 9,5 cm) de (1), 14 et 321-(3) pages.

Reliure demi-vélin, dos lisse, pièce de titre, plats de papier bleu (reliure postérieure de la première moitié du XIXe siècle). Reliure défraîchie mais néanmoins solide. Papier des plats frotté, coins usés. Intérieur en bon état, cahiers légèrement déréglés.

ÉDITION ORIGINALE DE 1718 AVEC TITRE DE RELAIS A LA DATE DE 1730.

Ce volume contient, outre un copieux catalogue de toutes sortes de livres qu'on trouve à La Haye chez Jean Swart, librairie sur le Kneuterdyk (14 pages), 29 historiettes dont voici les titres : La maladie d'amour - Le change par hasard - Le billet perdu - La rupture poétique - Le rival cocher - L'inutilité de la jalousie - L'intrigue poétique - Le collier de perles - Les bas verts - Le désespoir, vengeur de la perfidie - Les ventouses - Miroirs consultés sur la vocation - la feinte provençale - L'infidèle moqué - La fausse vertu - La mère marâtre - Le vol légitime - Le carosse embourbé - Les espérances trompées, ou le sacrifice inutile - La veuve par hasard - L'excocu : Nouvelle historique - La femme amante & rival de son mari - Le masque démon - L'infidélité punie par le mépris - Le berger & le pêcheur. Conte - L'amour fouetté - Le fagot. Conte. - Démosthène amoureux - La respiration facilitée. On trouve à la fin un errata d'une page.

Ce volume a d'abord été mis en vente en 1718 à l'adresse de A. de Rogissart à La Haye, les historiettes étant alors précédées d'une épître à Mademoiselle de La Brousse d'Atis signée du nom de l'éditeur. La suite du volume étant identique. Seul le titre a été changé et l'épître supprimée, remplacée par le catalogue du libraire. Le volume de 1718 portait la mention de "tome premier" mais cet ouvrage ne connut jamais de suite ce qui explique sans doute qu'il fut remis en vente bien plus tard avec un titre sans tomaison.

Ce petit livre d'historiettes et de contes légers est tout bonnement devenu introuvable. L'auteur en serait Saint-Hyacinthe (?) d'après certains bibliographes.

"Il serait à souhaiter que son repentir pût toucher celles, qui, comme elle, mettent leur gloire à enlever aux femmes le coeur de leurs époux, & que ce fût le dernier exemple des engagements illégitimes." (extrait)

BON EXEMPLAIRE D'UN LIVRE DE GALANTERIE TRÈS RARE.

VENDU

mercredi 23 novembre 2011

Mémoires du Régiment joyeux et burlesque de la Calotte (1732). Superbe exemplaire en maroquin de l'époque. Très rare dans cette condition.



COLLECTIF - AYMON ET DE TORSAC, PLANTAVIT DE LA PAUSE (Guillaume), PIRON (Aimé), etc.

MÉMOIRES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA CALOTTE. Nouvelle édition augmentée d'un tiers.

A Moropolis. Chez le libraire de Momus, à l'enseigne du Jésuite démasqué. 1732.

3 parties en 1 volume in-12 (135 x 80 mm) de (11)-192, 156 et 161-(7) pages.

Reliure plein maroquin rouge, dos lisse orné à la grotesque, triple-filet doré en encadrement des plats, roulette dorée sur les coupes et en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier marbré, tranches dorées sur marbrure (reliure de l'époque). Reliure en excellent état, proche du neuf, intérieur très frais.


NOUVELLE ÉDITION.

"Le Régiment de la Calotte fut fondé vers la fin du règne de Louis XIV, par une société de joyeux officiers, qui n'avaient, à ce qu'il paraît, rien de mieux à faire que de se moquer de tout le monde, en commençant par eux-mêmes. Le hasard donna lieu à cette facétie, qui se prolongea plus d'un demi-siècle. Les fondateurs furent : Aymon, porte-manteau du roi, et de Torsac, exempt des gardes du corps. Ces messieurs s'entretenaient avec quelques amis, quand l'un d'eux se plaignit d'avoir mal à la tête, et qu'il dit qu'il avait une calotte de plomb. Le mot fut relevé ; il fit fortune : de là le nom du régiment de la calotte donné à leur réunion. Elle fit frapper des médailles, adopta un étendard et un sceau avec des armes parlantes, où se trouvaient réunies, dans toutes les règles de l'art héraldique, une calotte, une pleine lune, un rat, un drapeau, une marotte, deux singes habillés, bottés, avec l'épée au côté. La devise était : favet Momus, luna influit. Une autre devise portait : C'est régner que de savoir rire. Les associés se mirent à distribuer des brevets en vers à tous ceux qui faisaient quelque sottise éclatante : ministres, princes, maréchaux, courtisans, abbés, dames de la cour, financiers, hommes de lettres, artistes, comédiens, personne ne fut excepté. Le brevet de la calotte devint alors une véritable censure des travers et des ridicules. Plusieurs personnes du plus haut rang s'empressèrent de s'enrégimenter. Ceux qui se montraient peu flattés de cette distinction bouffonne ne faisaient que s'attirer de plus sanglants brocards ; et les rieurs n'étaient pas de leur côté : témoin le peintre Coypel, qui vint se plaindre au régent de l'envoi fait à son fils d'un brevet de la Calotte. « Je suis déshonoré, dit-il, je n'ai plus qu'à quitter la France ! – Bon voyage ! » Répondit froidement le prince. Il y eut bien des menées pour détruire le régiment de la Calotte ; mais, grâce à la faveur publique et à la protection secrète du gouvernement, il subsista malgré le crédit de ses puissants ennemis. Le sieur Aymon fut son premier généralissime. Louis XIV lui demanda un jour s'il ne ferait jamais défiler son régiment devant lui : « Sire, répondit le hardi plaisant, il n'y aurait personne pour le voir passer . » Cette anecdote a donné lieu au poème du Conseil de Momus et de la Revue du Régiment, imprimé à Ratopolis, en 1730. Pendant que les alliés assiégeaient Douai, en 1710, Torsac, étant chez le roi, s'avisa de dire qu'avec 30,000 hommes et carte blanche non-seulement il ferait lever lever le siège aux ennemis, mais aussi qu'il reprendrait en quinze jours toutes leurs conquêtes depuis le commencement de la guerre. Aymond, qui entendit cette bravade, lui céda sur-le-champ le titre de généralissime des calottins, et Torsac conserva ce commandement jusqu'à sa mort, arrivée à Pontoise, en 1724. On composa son oraison funèbre avec des phrases, plus ou moins ridicules, tirées soit des discours prononcés à l'Académie Française, soit des livres alors le plus en vogue. Cette pièce fut imprimée sous ce titre : Éloge historique, ou Histoire panégyrique et caractéristique d'Emmanuel de Torsac, monarque universel du monde sublunauire, et généralissime de la Calotte, prononcé au Champ-de-Mars, et dans la chaire d'Erasme, par un orateur du régiment. Ce burlesque panégyrique, dont le garde des sceaux avait autorisé l'impression, fit scandale à la ville et à la cour. Les hommes de lettres, qui se trouvaient blessés de l'emploi qu'on avait fait malicieusement de leurs phrases, réussir par le crédit de leurs protecteurs à faire saisir cette pièce curieuse. Aymond, secrétaire du régiment de la Calotte, s'adressa alors au maréchal de Villars : « Monseigneur, lui dit-il, depuis qu'Alexandre et César sont morts, nous ne reconnaissons d'autres protecteurs du régiment que vous. » Ce ne fut pas inutilement que le vainqueur de Denain s'interposa auprès du garde des sceaux, qui donna main-levée de la saisie, en disant qu'il ne voulait pas se brouiller avec ces messieurs. Aymont succéda au défunt dans la charge de généralissime, qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1731 ; il eut pour successeur le sieur Saint-Martin, lieutenant aux gardes françaises. Son élection se fit avec solennité dans le château du marquis de Livry, premier maître d'hôtel du roi. Plusieurs ministres, secrétaires d'État, ambassadeurs, assistaient à cette cérémonie. Piron fit les fonctions d'orateur. Louis XV et la reine, qui s'intéressaient beaucoup au régiment de la calotte, avaient ordonné au marquis de Livry de leur dépêcher un courrier extraordinaire incontinent après l'élection, pour leur faire savoir sur qui le choix serait tombé. Depuis cette époque le régiment de la Calotte continua paisiblement le cours de ses malicieux enrôlements, et donna lieu à une institution militaire dont on va parler dans l'article suivant. Les publications de la Calotte parurent en plusieurs formats de 1725 à 1752 sous le titre : « Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte ». Les principaux auteurs de ce recueil sont Aymond, Saint-Martin, l'abbé Desfontaines, l'abbé Magon, Gacon, Piron, Grécourt, Roy, etc. Les curieux conservent en outre, dans leur bibliothèque une infinité de volumes manuscrits de brevets de la Calotte. Les Mémoires de ce burlesque régiment sont un monument curieux de la licence de la presse. Il n'est personnage si élevé qui ne s'y trouve attaqué : le régent, Louis XV, Marie Leczinska, n'y sont pas ménagés ; Law, le cardinal Dubois, le cardinal Fleury, le père Daniel, en un mot, l'épiscopat, la robe et la finance, viennent tour à tour figurer sur cette sellette du ridicule. Destouches, Terrasson, Moncrif, Lamothe, Fontenelle et tous les hommes de lettres distingués de l'époque ont chacun leur brevet et leur part d'épigramme. La calotte avait surtout déclaré une guerre à mort à l'Académie Française. Voltaire, dans son Mémoire sur la Satire, publié en 1739, parle avec beaucoup de mépris de la Calotte : on le conçoit ; il est fort maltraité dans les Mémoires du régiment. Ils n'en sont pas moins un monument précieux de l' esprit du jour à l'époque de la régence et pendant les heureuses années du règne de Louis XV. On vit en 1814 une réminiscence des brevets de la Calotte dans la distribution des ordres de l'Éteignoir et de la Girouette, faite par les rédacteurs du Nain Jaune. Enfin, dans son Oraison funèbre de Bonaparte, Beuchot a très-heureusement imité l'Oraison funèbre du sieur de Torsac. C'est ainsi que pour rire de bon cœur il nous faut, dans ce siècle de gravité, imiter tout bonnement ce qu'on fait nos pères." (Charles du Rozoir, 1853)

Dans son Mémoire sur la satire publié en 1739, Voltaire s'en prend violemment aux écrits du régiment de la Calotte : "Au milieu des délices pour lesquelles seules on semble respirer à Paris, la médisance et la satire en ont corrompu souvent la douceur. L’on y change de mode dans l’art de médire et de nuire comme dans les ajustements. Aux satires en vers alexandrins succédèrent les couplets ; après les couplets vinrent ce qu’on appelle les calottes. Si quelque chose marque sensiblement la décadence du goût en France, c’est cet empressement qu’on a eu pour ces misérables ouvrages. Une plaisanterie ignoble, toujours répétée, toujours retombant dans les mêmes tours, sans esprit, sans imagination, sans grâce, voilà ce qui a occupé Paris pendant quelques années; et pour éterniser notre honte, on en a imprimé deux recueils, l’un en quatre, et l’autre en cinq volumes : monuments infâmes de méchanceté et de mauvais goût, dans lesquels, depuis les princes jusqu’aux artisans, tout est immolé à la médisance la plus atroce et la plus basse, et à la plus plate plaisanterie. Il est triste pour la France, si féconde en écrivains excellents, qu’elle soit le seul pays qui produise de pareils recueils d’ordures et de bagatelles infâmes. Les pays qui ont porté les Copernic, les Tycho-Brahé, les Otto-Guericke, les Leibnitz, les Bernouilli, les Wolf, les Huygens ; ces pays où la poudre, les télescopes, l’imprimerie, les machines pneumatiques, les pendules, etc., ont été inventés; ces pays que quelques-uns de nos petits-maîtres ont osé mépriser, parce qu’on n’y faisait pas la révérence si bien que chez nous ; ces pays, dis-je, n’ont rien qui ressemble à ces recueils, soit de chansons infâmes, soit de calottes, etc. Vous n’en trouvez pas un seul en Angleterre, malgré la liberté et la licence qui y règnent. Vous n’en trouverez pas même en Italie, malgré le goût des Italiens pour les pasquinades. Je fais exprès cette remarque, afin de faire rougir ceux de nos compatriotes qui, pouvant faire mieux, déshonorent notre nation par des ouvrages si malheureusement faciles à faire, auxquels la malignité humaine assure toujours un prompt débit, mais qu’enfin la raison, qui prend toujours le dessus, et qui domine dans la saine partie des Français, condamne ensuite à un mépris éternel."

Références : Arthur Dinaux, Les sociétés badines bachiques littéraires et chantantes leur histoire et leurs travaux, ouvrage posthume de Arthur Dinaux revu et classé par Gustave Brunet, avec un portrait à l'eau-forte par G. Staal, Bachelin-Deflorenne éditeur, Paris 1867.

Provenance : E. M. Pelay, Rothomag. (Rouen), étiquette ex libris (ancienne).

BEL EXEMPLAIRE EN MAROQUIN DE L’ÉPOQUE.

VENDU

lundi 21 novembre 2011

Curiosa illustré par Paul-Emile Bécat : le Canapé de Fougeret de Montbron (1955). Exemplaire sur Annam avec suites et planche refusée.



FOUGERET DE MONBRON

LE CANAPÉ. Pointes sèches originales de Paul-Emile BÉCAT.

Paris, Eryx, 1955

1 volumes in-8 (20 x 15 cm), en feuilles, sous chemise imprimée et emboîtage de l'éditeur. 160-(1) pages. 11 pointes sèches hors-texte par Paul-Emile Bécat.


UN DES 75 EXEMPLAIRES SUR ANNAM ENRICHIS DE TROIS SUITES EN TROIS TONS (noir, bistre et vert) ET AVEC REMARQUES LIBRES (avec une suite supplémentaire non annoncée au justificatif).

AVEC EN PLUS UNE PLANCHE LIBRE AVEC REMARQUE TRÈS LIBRE EN TROIS ÉTATS.



Le tirage total de cette jolie édition est de 488 exemplaires avec quelques exemplaires nominatifs destinés aux collaborateurs et à l'artiste.

Cette édition reproduit le texte intégral de l'édition parue sous le manteau, sans date (1741) à La Haye, chez Popi, sous le titre LE CANAPÉ par M...

Louis-Charles Fougeret de Monbron, né le 19 décembre 1706 à Péronne et mort le 16 septembre 1760 à Paris, est un homme de lettres français. Grand voyageur, Fougeret de Monbron mit à profit ses voyages dans toute l’Europe pour rédiger Le Cosmopolite ou le Citoyen du Monde (1750). Il y énonce cette maxime passée en proverbe : « L’univers est une espèce de livre dont on n’a lu que la première page quand on n’a vu que son pays ». Il a également écrit, entre autres, La Henriade travestie (Berlin [Paris], 1745, in-12), où il s’est livré à une parodie presque vers par vers de l’original, qui n’est pas sans valeur et a connu plusieurs éditions. Il a également laissé deux pamphlets, le Préservatif contre l'anglomanie (1757) et La Capitale des Gaules ou la Nouvelle Babylone (1759), visant respectivement l’Angleterre et Paris. Il a traduit Fanny Hill de John Cleland, sous le titre de La Fille de Joie (1751). On lui doit des récits libertins comme Le Canapé ou Canapé couleur de feu (1741), une réponse au Sopha de Crébillon, qui circulait alors en manuscrit, ou Margot la ravaudeuse (habituellement datée de 1750, mais plus vraisemblablement parue en 1753 après une première tentative d'édition avortée en 1748), ouvrage auquel son nom demeure attaché.


TRÈS BEAU LIVRE ÉROTIQUE ILLUSTRÉ PAR PAUL-EMILE BÉCAT.
EXEMPLAIRE A L’ÉTAT DE NEUF.

VENDU

vendredi 18 novembre 2011

De l'influence des passions par la Baronne de Stael (1796). Edition originale d'un livre qui exerça une grande influence sur le mouvement romantique.



STAEL DE HOLSTEIN (Madame la Baronne de)

DE L'INFLUENCE DES PASSIONS SUR LE BONHEUR DES INDIVIDUS ET DES NATIONS par Madame la Baronne Stael de Holstein.

A Lausanne en Suisse, chez Jean Mourer et Hignou et Compagnie, 1796

1 volume in-8 (21 x 12,5 cm) de 376-(2) pages.

Cartonnage de l'époque en papier rose, filets dorés au dos. Usures aux coins et aux coiffes, pièce de titre envolée, couleur rose largement passée, gardes blanches décollées des plats. Intérieur assez frais avec quelques salissures légères et faibles mouillures sans gravité.

ÉDITION ORIGINALE "CARTONNÉE".

Exemplaire cartonné (dit aussi de seconde émission ou second tirage), à peine achevé d'imprimer, à la demande de Madame de Stael, afin d'améliorer le style de certains passages (cartons aux pages 27, 47, 61-62, 91-92, 141-142 & 300).

Ouvrage classique initiateur du mouvement romantique, "De l'influence des passions" était prévu à l'origine en deux parties, seule la première, consacrée aux rôle individuel des passions a été traitée et publiée, la seconde partie ne vit jamais le jour.

"Les passions, cette force impulsive qui entraîne l'homme indépendamment de sa volonté, voilà le véritable obstacle au bonheur individuel et politique. (...) La première partie est uniquement consacrée aux réflexions sur la destinée particulière de l'homme. La seconde partie doit traiter du sort constitutionnel des nations. Le premier volume est divisé en trois sections ; la première traite successivement de l'influence de chaque passion sur le bonheur de l'homme ; la seconde analyse le rapport de quelques affections de l'âme avec la passion ou avec la raison ; la troisième offre le tableau des ressources qu'on trouve en soi, de celles qui sont indépendantes du sort, et surtout de la volonté des autres hommes. (...)" (introduction)

Madame de Stael se propose d'offrir au lecteur un "examen complet de tout ce qui livre la destinée de l'homme à la puissance du malheur." (dernière phrase de l'introduction).

BON EXEMPLAIRE EN CONDITION D’ÉPOQUE DE CET OUVRAGE FONDAMENTAL.

VENDU

jeudi 17 novembre 2011

Exceptionnel ensemble de 3 suites d'estampes d'après Lancret, Boucher, Eisen, etc, pour les Contes de La Fontaine (1883). Tirages sur Japon. Rare.



Jean de LA FONTAINE

SUITE D'ESTAMPES DESSINÉES PAR LANCRET, PATER, EISEN, BOUCHER, VLEUGHELS, ETC, pour illustrer les CONTES DE LA FONTAINE, gravées au burin par Depollier ainé.

Librairie de J. Lemonnyer, Paris, 1883-1885.

Ensemble de 3 suites identiques dans 3 états différents de 38 estampes imprimées sur papier Japon (voir détail ci-dessous).

114 estampes 17 x 13 cm imprimées en noir sur papier au format in-folio (42,5 x 31,5 cm), avec faux-titre, titre, table des illustrations avec vignette à l'eau-forte et 2 vignettes à l'eau-forte.

Voici le détail des planches :

- La courtisane amoureuse d’après Paterre - La courtisane amoureuse d’après Boucher - Paté d’anguille d’après Lancret : - Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries d’après Lancret - Le faucon d’après Lancret - Le rossignol d’après Le Clere - Le baiser donné d’après Paterre - Les oyes du frère Philippe d’après Lancret - le baiser rendu d’après Paterre - Les deux amis d’après Lancret - Le glouton d’après Paterre - La clochette d’après P. Le Mesle - Frère Luce d’après Vleughels - Le cas de conscience d’après Eisen - Le bast d’après Vleughels - La chose impossible d’après Lorrain - Le cuvier d’après Le Mesle - Les troqueurs d’après Lancret - Le cocu battu et content d’après Paterre - Le savetier d’après Paterre - Le faiseur d’oreilles et le racommodeur de moules d’après Leclere - Le magnifique d’après Boucher - Le Gascon puni d’après Lancret - On ne s’avise jamais de tout d’après Lancret - A femme avare galant escroc d’après Lancret - La calendrier des vieillards d’après Boucher - Le Gascon d’après Eisen - Les rémois d’après Lancret - La servante justifiée d’après Lancret - Le villageois qui cherche son veau d’après Vleughels - L’anneau de Hans Carvel d’après Laurin - La jument du compère Pierre d’après Vleughels - Nicaise d’après Lancret - La gageure des trois commères d’après Eisen - La matrone d’Ephèse d’après Paterre - Promettre est un et tenir c’est un autre d’après Eisen - Les deux indiscrets d’après Paterre - Le fleuve Scamandre d’après Boucher


Détails du tirage :

- Une suite complète de PREMIER ÉTAT, eaux-fortes pures, tirée à 50 exemplaires seulement, celle-ci une des 25 exemplaires sur Japon Impérial, en noir, publiée à 300 francs or en 1883.

- Une suite complète de DEUXIÈME ÉTAT, épreuves non terminées, tirée à 75 exemplaires seulement, celle-ci une des 50 exemplaires sur Japon Impérial, en noir, publiée à 250 francs or en 1883.

- Une suite complète de TROISIÈME ÉTAT, épreuves terminées, avant la lettre et avec le nom des artistes à la pointe sèche (dans la planche), tirée à 525 exemplaires, celle-ci un des 125 sur Japon Impérial, en noir, publiée à 150 francs or. Cette suite ne contient pas les deux vignettes (38 estampes, faux-titre, titre et table des gravures).

On joint 2 exemplaires du prospectus détaillant les conditions de publication de cette production de luxe, avec un spécimen de gravure (rousseurs).

L'ensemble des estampes est en excellent état, sans rousseurs, très fraîches. Chaque estampe est protégée par un papier calque fin avec les vers des Contes de La Fontaine relatifs à l'illustration. Quelques calques détachés mais néanmoins présents. Nous joignons un grand nombre de pochettes de livraisons imprimées en rouge et noir sur papier fort gris avec la mention de tirage au crayon. Presque toutes sont en excellent état, voire à l'état de neuf.

Cette suite a été imprimée dans le même format que les gravures de Fragonard donnée quelques temps plus tôt pour illustrer les Contes de La Fontaine. Ces nouvelles estampes devaient se joindre à l'édition in-4° des Contes.


ENSEMBLE EXCEPTIONNEL POUR CES TROIS SUITES SUR JAPON IMPÉRIAL TIRÉES A TRÈS PETIT NOMBRE D'EXEMPLAIRES.

TRÈS RARE.
VENDU

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